RABAT – Dans un monde où l’intelligence artificielle redessine les équilibres géopolitiques et économiques, une question cruciale se pose pour l’Afrique : subirons-nous cette révolution ou en serons-nous les acteurs ? Le Maroc vient d’apporter une réponse retentissante à travers sa stratégie nationale d’intelligence artificielle, dévoilée en janvier 2026, qui pourrait bien inspirer tout un continent.
Une vision qui dépasse les frontières
« Nous avons fait le choix de ne pas subir la révolution de l’intelligence artificielle, mais d’en assumer la pleine maîtrise », affirme Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique. Ces mots résonnent comme un appel à l’action pour toute l’Afrique, un continent qui possède tous les atouts pour devenir un acteur majeur de cette transformation : une population jeune, un potentiel d’innovation considérable et des défis de développement qui appellent précisément les solutions que l’IA peut apporter.
L’approche marocaine repose sur un principe aussi simple que puissant : la souveraineté technologique. Non pas comme un repli sur soi, mais comme la volonté de ne pas déléguer sa capacité de décision et d’innovation à des technologies conçues ailleurs, selon des intérêts qui ne sont pas nécessairement les siens. Un message qui parle à chaque nation africaine soucieuse de son indépendance économique et stratégique.
Des résultats tangibles qui prouvent que c’est possible
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en une seule année, le Maroc a gagné 14 places dans l’indice Government AI Readiness 2025, démontrant que la volonté politique couplée à une stratégie cohérente produit des résultats concrets. Plus de 600 services publics ont été numérisés, 35 000 entreprises créées électroniquement, témoignant d’une transformation profonde qui améliore la vie quotidienne des citoyens.
Cette réussite n’est pas le fruit du hasard. Elle repose sur cinq piliers fondamentaux qui peuvent servir de modèle à tout pays africain : souveraineté technologique, confiance des citoyens, développement massif des compétences, promotion d’une innovation endogène, et équité territoriale. Car l’objectif n’est pas seulement de moderniser les grandes villes, mais d’assurer que chaque région, chaque citoyen bénéficie de cette révolution.
Les « Jazari Institutes » : un modèle d’excellence territorialisé
L’initiative la plus inspirante de cette stratégie est sans doute le réseau des « Jazari Institutes », nommés en hommage à Al-Jazari, ce brillant ingénieur arabe du XIIe siècle dont les inventions ont marqué l’histoire de la technologie. Ces centres d’excellence, déployés à travers tout le territoire – de Guelmim-Oued Noun à Nador, en passant par Dakhla – incarnent une vision où l’innovation ne se concentre pas dans une seule capitale, mais irrigue l’ensemble du territoire national.
Ces instituts ne sont pas de simples centres de formation. Ils sont conçus comme de véritables plateformes reliant la recherche scientifique, l’innovation technologique et les besoins opérationnels de l’État, des collectivités territoriales et de l’économie. Un modèle qui pourrait être adapté dans toute l’Afrique pour démocratiser l’accès aux technologies de pointe.
L’intelligence artificielle au service de l’humain
Au cœur de cette stratégie se trouve une conviction profonde : l’IA n’est ni neutre ni intrinsèquement inclusive. Sans action publique volontariste, elle risque d’accentuer les inégalités. C’est pourquoi le Maroc a placé la protection des données, la cybersécurité et l’éthique au centre de son dispositif, avec un cadre réglementaire solide et une approche centrée sur le citoyen.
Cette vision trouve un écho particulier en Afrique, où les défis du développement exigent des solutions qui placent l’humain au centre. L’automatisation des services publics, l’amélioration de la qualité de l’éducation, l’accès aux soins de santé, la gestion des ressources agricoles – tous ces domaines peuvent être transformés par l’IA si elle est déployée de manière responsable et inclusive.
Une coopération internationale stratégique
La signature d’un partenariat avec Mistral AI pour créer un laboratoire de recherche et développement démontre qu’autonomie stratégique ne signifie pas isolement. Au contraire, le Maroc montre qu’il est possible de collaborer avec les leaders mondiaux tout en préservant sa souveraineté et en développant ses propres capacités.
Cette approche équilibrée entre coopération internationale et développement endogène offre une troisième voie aux pays africains, entre dépendance technologique totale et isolement improductif.
Un message d’espoir pour l’Afrique
L’ambition marocaine de devenir un acteur de référence en matière d’IA d’ici 2030 n’est pas qu’un objectif national. C’est un signal envoyé à tout le continent : nous pouvons non seulement participer à la révolution de l’intelligence artificielle, mais en devenir des protagonistes majeurs.
L’Afrique possède 60% de la population mondiale de moins de 25 ans. Cette jeunesse, formée aux technologies de pointe, pourrait devenir le moteur d’une innovation africaine qui résout les défis africains avec des solutions africaines. Les « Jazari Institutes » montrent la voie : investir massivement dans la formation, créer des écosystèmes d’innovation territorialisés, et placer la souveraineté technologique au cœur des stratégies nationales.
Le moment d’agir
La stratégie marocaine nous rappelle une vérité fondamentale : l’intelligence artificielle n’est pas une fatalité à subir, mais un outil à maîtriser. Elle démontre qu’avec une vision claire, une volonté politique forte et une approche inclusive, les pays africains peuvent transformer ce qui pourrait être une nouvelle forme de dépendance en une opportunité historique de développement.
Le choix est devant nous : rester spectateurs de cette révolution ou en devenir les acteurs. Le Maroc a fait son choix. Il est temps que l’Afrique tout entière relève ce défi, car l’intelligence artificielle peut et doit devenir un pilier du développement africain, un levier de souveraineté et un instrument d’équité pour tous nos citoyens.
L’avenir s’écrit aujourd’hui. Et cet avenir, l’Afrique a tous les atouts pour le façonner à son image.


